Cet atelier a donné lieu à un article de l’AFP que vous trouvez ci-après:
« Il n’y a pas que vous qui tombez dans des pièges, ça arrive aussi à des gouvernements » :Angèle Guilbert, experte en cybersécurité, exhorte son jeune auditoire d’un lycée près deParis à « faire attention en scrollant » sur les réseaux sociaux, terreaux de désinformation.Eythan, 15 ans, élève dans cet établissement de Champigny-sur-Marne, en banlieueparisienne, en convient: « c’est toujours intéressant de voir comment on fait pour trouver lesfausses informations, comment ça marche. Certaines choses sont trouvables très facilement et d’autres beaucoup plus dures ».Debout dans la salle informatique du lycée Langevin-Wallon, avec deux consœurs, AngèleGuilbert, cheffe de projet du « Campus Cyber », qui réunit des spécialistes en cybersécurité, est venue dans une classe de seconde expliquer comment repérer la désinformation et lescampagnes d’ingérences étrangères en ligne.Eythan reconnaît foncer souvent « tête baissée » sur les contenus liés à ses passions, sanschercher à les vérifier, alors qu’il se montre plus vigilant dans les autres domaines.Quant à Andrea, 15 ans aussi, elle se fie plutôt aux commentaires des internautes lorsqu’elle doute de la véracité d’une info : « Si la personne argumente bien sa réponse en expliquant pourquoi c’est vrai ou c’est faux, je me fais mon propre avis après. »
Une série de « challenges » ont été pensés spécialement pour ces ados, inspirés de casobservés par Viginum, l’organisme spécialisé dans la traque des opérations d’influence enligne, co-organisateur de cette séance d’initiation de deux heures.D’un article d’un faux média usurpant l’identité visuelle du quotidien Le Monde à une vidéode Donald Trump aux sous-titres inventés, les différents exercices poussent les élèves à chercher l’origine d’une image décontextualisée ou encore les mentions légales d’un médiapour vérifier son authenticité.Autant de déclinaisons du vaste éventail des techniques dites de « recherches en sourcesouvertes » (ou OSINT), une appellation inconnue des adolescents répartis en binôme sur lesordinateurs.« L’OSINT, c’est l’ensemble des ressources disponibles gratuitement et légalement surinternet, comme Wikipédia », leur explique l’intervenante, avant de lancer les travauxpratiques sur une plateforme dédiée, The Osint Project (TOP), accessible gratuitement enligne.Idrissa, 16 ans, est toujours parmi les plus rapides, avec son binôme Eythan, pour venir à boutdes défis proposés: « Moi qui ne suis pas vraiment fan de ce domaine, (les formatrices) ontréussi à m’y intéresser, à me donner des compétences, comme la recherche d’imageinversée » sur internet, confie-t-il.
Entre deux exercices, Victoria Blin, chargée de mission à Viginum, expose aux élèves certaines pratiques typiques des ingérences étrangères, comme l’amplification de hashtags (mots-clés) sur des sujets clivants par des bots (comptes automatisés) ou encore le recours à des noms de domaine internet trompeurs.Elle met à profit l’expertise de son organisme, qui a notamment mis au jour début 2024« Portal Kombat », un réseau de sites promouvant des narratifs prorusses et hostiles à l’Ukraine.« Les plus jeunes peuvent recevoir des informations manipulées sur les réseaux sociaux donc c’est important de les sensibiliser. Mais aussi parce que demain, ce seront des citoyens qui vont voter et qui peuvent être ciblés par des campagnes de manipulation d’informations », explique-t-elle.Pour elle, l’initiation doit permettre aux lycéens de développer « un esprit critique sur lescontenus qu’ils voient passer », d’en parler « avec leurs amis, leur famille » pour les sensibiliser eux aussi. Et, pourquoi pas, de susciter chez ces lycéens une future vocation pour les « métiers cyber ».Au point de se reconnecter sur la plateforme TOP dès le soir-même, sur leur temps libre, pour poursuivre ces challenges récompensés de points, à la manière d’un jeu vidéo ? « Non, je ne pense pas y retourner ! », admet Idrissa, « mais pourquoi pas la présenter à mes amis pour qu’eux y aillent ».